Je suis actuellement en week-end prolongé dans le Sud, c'est bien agréable. Je suis descendue en voiture, avec l'apollon et son partner et néanmoins ami. Nous avons pris une des routes des vacances, en empruntant le réseau autoroutier qui traverse la Drôme. Soleil, vent, cultures à perte de vue, poids-lourds, radars automatiques. La routine.

Pourtant, dans la Drôme, une aberration m'a frappée à nouveau. Je l'avais déjà remarquée, il y a deux ans, à la faveur d'une transhumance estivale. Fuyant d'importants ralentissements sur l'autoroute, nous avions décidé, avec l'apollon, de naviguer à vue (le Michelin sur les genoux de l'excellente copilote que je suis) sur des nationales, voire des départementales, parfois ombragées, ce qui est plus cool que de rester bloqué dans la fournaise autoroutière avec tous les autres péquins. Lors de cette vadrouille, nous avions été proprement estomaqués de constater que, en pleine après-midi, par une température de 30 degrés au moins, et sous un vent à décorner un boeuf (c'est-à-dire dans des conditions habituelles pour ce coin de France), les arrosages automatiques fonctionnaient à plein dans quasi tous les champs.

Sous le cagnard.

En plein vent.

En gros, dans ces conditions, t'as 60 % de l'eau déversée qui n'atteint même pas le sol, et qui n'a pas non plus le temps de rafraîchir l'atmosphère. Quelques gouttes se posent sur les feuilles, ce qui peut les brûler (n'importe quel jardinier amateur sait qu'on n'arrose pas les feuilles, mais le sol, et surtout pas dans la journée, pour respecter le biorythme végétal, mais le soir, à la fraîche). Bilan de l'opération : néant, plus que négatif, inutile, aberrant. Et tout ça dans un contexte de raréfaction de la ressource eau, dans une période où l'on parlait de sécheresse (merci la culture intensive de maïs).

Nous n'en revenions pas. Et là, vendredi dernier, même endroit, même cause, même étonnement : et vas-y que je t'arrose les champs en pleine journée, par un soleil de plomb, en plein vent... Petite fille, je passais une partie de mes vacances chez mes grands-parents, des viticulteurs languedociens, et j'adorais les aider dans leurs tâches, notamment quand il s'agissait d'aller ouvrir les vannes du bas-Rhone, le réseau d'irrigation local. Et j'aimais tout particulièrement cela, parce que nous y allions à la fraîche, donc, après le repas du soir, dans le crépuscule interminable de l'été, sacrée aventure pour une petite fille. Ils n'auraient jamais arrosé en journée, et pourtant, ils n'étaient pas bio, mes grands-parents, plutôt productivistes, comme on leur avait appris à l'être (c'était le Progrès, pour ces fils de paysans, première génération à vraiment vivre de leurs cultures - jusqu'à pouvoir s'offrir un voyage organisé par an, à l'orée de la retraite ! -, tandis que leurs prédécesseurs survivaient dans une économie de subsistance). Ils en ont donc balancé, de la poustème (expression générique locale qui désigne tout produit chimique destiné à soigner / prévenir / améliorer les rendements...). Mais ça, arroser en pure perte, jamais ils n'y auraient consenti.

Alors, quoi ? Les paysans de la Drôme (mais aussi les autorités, le Préfet, les Chambres et syndicats professionnels), ont-ils perdu la boule ? Qu'est-ce qui peut bien justifier une telle hérésie ? Ces plants sont-ils si particuliers qu'ils exigent absolument quelques gouttes d'eau en pleine journée ? C'est une des hypothèses de l'apollon. Mais si c'est vraiment le cas, ne peut-on pas revenir à des variétés capables d'attendre le soir pour être arrosées ? Ou alors, ce sont les agriculteurs qui ne veulent pas rater le Bigdil ou le 19-20 ? ... 'Feraient mieux de planter des éoliennes, vu le ventas qui décoiffe toute la région !

Où est la rationalité là-dedans ? Est-ce qu'on va demander, au mois d'août, aux particuliers de ne plus arroser leur pelouse ni laver leur voiture, alors qu'on aura laissé perdre tant et tant du précieux liquide ?

Je remonte vers Paris demain. Je vais encore m'étonner, m'insurger en pure perte dans la Séat, pousser des ça m'éneeeerve... (parfaitement inutiles) à la vue de ces arrosages si perfectionnés et si atrocement inconscients. J'ai l'air maligne, ensuite, lorsque j'apprends aux Bachous à fermer le robinet pendant qu'ils se lavent les dents, ou que je bricole des bacs à réserve d'eau et que je paille les 4 plantes qui égaient mon balcon, pour ralentir l'évaporation et espacer l'arrosage... Bande de baltringues criminels...