Y a plein de trucs biens chez les z'autres,
Par ko le vendredi 26 mai 2006, 23:07 - Ça m'éééénerve... - Lien permanent
Et particulièrement ceci :
Là, chez Monsieur Guillermo, radical chic virtuose bien connu de nos services (si c'est pas le cas chez vous, n'hésitez pas à le bookmarker, le drôle, car il s'en passe, des choses intéressantes, dans son salon), il y eut ce jour une si intéressante discussion que je ne me sens pas la capacité d'en faire un résumé ; donc, je vous y envoie, c'est plus simple (pour moi, hinhinhin <--- rire sardonique).
Je m'y suis beaucoup exprimée, sur un sujet qui me tient à coeur. Ça cause d'exigence, d'effort, d'apprentissage de l'effort, de la satisfaction de surmonter des difficultés afin de mieux appréhender la complexité du monde
(kassdédi Fred., de L.). Ça cause école, programme, lecture. Je considère que l'école est là pour apprendre à apprendre, même et surtout quand c'est difficile, et non pas pour satisfaire les envies fugaces de zapping de gamins déshabitués à l'effort. C'est justement parce que l'environnement culturel s'appauvrit et perd de sa substance (c'est qui Montesquieu, ce bouffon ?
) que l'école doit plus-que-jamais suppléer aux lacunes des parents, de l'époque, pour tenter de donner à chacun des outils d'analyse, de réflexion.
Sinon, la tendance va se poursuivre (Nostradamus style
, je fais aussi dans la prophétie dramatique) : une frange, se réduisant façon peau-de-chagrin, disposera du capital culturel, tandis que la masse s'abêtira en pipoleries ignares et engouements rapides précédant chutes tout aussi rapides (elles sont où, quand il s'agit d'acheter l'album, les minettes cagoles qui ont élu Magalie-la-médiocre à la starac ? Vite adulée, vite oubliée).
Où l'on retrouve le thème de la décadence que nous abordions dans un commentaire récent.
Enfin, il doit bien rester des instits et des profs ayant la foi, car Bachou maîtrise la lecture, l'écriture, l'addition et la soustraction en cette fin de CP, et Bachounette connaît son alphabet et quelques mots simples, en section moyenne de maternelle. Et le mieux, c'est qu'ils adorent ça !
Commentaires
Rhâa, quel débat en perspective!!!... Pour une fois, j'ai la foi! Je pense que toutes les cultures ont une place, de la culture "poubelle" à la culture classique. J'ai espoir parce les rappeurs -par exemple- vont chercher l'inspiration chez des Verlaine, Baudelaire... J'ai espoir parce que les jeunes découvrent dans les Classiques, des thèmes et des interrogations intemporels et universels... J'ai espoir parce que de tout temps, il me semble que l'on a craint pour la Culture, et malgré tout, nous savons pour la plupart encore lire, écrire et compter... Je suis confiante parce que l'on peut toujours apprendre de tout: de la vie, de la télé, des livres, des autres, des Anciens et des Modernes...
Mais je comprends l'inquiétude suscitée par les nouveaux programmes, un nouvel enseignement, de nouvelles "normes", de nouvelles moeurs... une nouvelle ère?
:)
Mon dieu ! Jésus Marie Joseph ! J'existe ! Certains se félicitent que leur prison ait de l'ambiance sans leur présence... moi je m'étonne d'être cité en n'étant que commentateur.
Je te remercie pour ta citation et de m'en avoir de la sorte crédité :-D
Trève de narcissisme...
J'ai toujours été étonné par la capacité des uns et des autres à désigner ce qui sera "classique" plus tard, et ce qui ne sera pas. Alexandre Jardin, Marc Lévy, BHL, Bourdieu... qui existera encore dans 50 ans ? Exister au sens, "fera partie des bibliothèques".
Je suis étonné par la façon dont nous lisons désormais, et dont nos ancêtres lisaient. Aujourd'hui, c'est profusion, partout d'informations. On ne sait plus à qui faire confiance, comment lui faire confiance, pourquoi lui faire confiance. Je parle des informations là. Du coup, on est prêt à lire de simples individus, plutôt que de lire des journaux "réputés".
Où est le Zola qui publiait dans l'Aurore ? Où sont les Camus et les Vian de notre époque ? Est-ce que dans 20 ans, on citera De Caunes ou Ardisson comme on cite ceux que j'ai décris précédemment ?
Les médias ont tellement changé, comment peut-on s'exclamer : "c'est la décadence, c'était mieux avant", alors qu'aujourd'hui, c'est si différent.
Oui c'est différent. Il n'y a pas que 3 ou 4 personnes qui "dirigent" les débats. Nous sommes des millions à être en mesure de générer des débats, désormais. Il y a atomisation de l'information, explosion des lieux de débats. Et pourtant, jamais nous n'avons eu à ce point l'impression d'un appauvrissement général de la culture, de la réflexion... que sais-je encore. C'était mieux avant ou pas ? Je n'y étais pas avant...
Comment apprendre aux gens à se cultiver quand les sollicitations partout sont si nombreuses. Même dans le trou du Q du monde, il est possible de suivre la Nouvelle Star. Mais est-ce que c'est mal de la regarder la Nouvelle Star ? Et est-ce que c'est mal d'inviter à un cours de français un écrivain qui va expliquer comment il a décidé d'écrire son autobiographie ? Est-ce que, forcément, c'est abaisser le niveau global de la culture des nouveaux jeunes ?
Je finis par la même remarque que chez Guillermo : le débat sur la culture qui baisse avait déjà lieu quand j'étais ado. C'est comme le déclinisme économique, c'est récurrent, c'est un truc de journaleux pour remplir quelques pages. A mon humble avis. On a tous été jeune un jour, et tous les jeunes, un jour finissent par s'exclamer : "c'était mieux avant, maintenant, c'est moins bien". Et donc... ben... je crois que c'est la maxime du jour de Guillermo. C'est amusant, j'arrive toujours à résumer en une expression les posts de Guillermo :-D
@ Fred de L : me plaisent beaucoup tes commentaires... Et bravo pour ce que tu as dit au gars qui "se félicitent que leur prison ait de l'ambiance sans leur présence..." @ Ko : je viens de voir Marie-Antoinette : un petit bijou. Et pour Volver (que tu as vu il y a pue si je ne m'abuse), c'est aussi une bijou n'est-ce pas ? J'ai pleuré comme une petite fille lors de la scène des retrouvailles entre la maman et Raimunda...
Hé, les loulous, on évite de régler des comptes à fleurets mouchetés sur cette île. On y va franchement sur des débats d'idées, ou on n'y va pas du tout.
Sur le fond de la question du billet, je précise que je n'ai pas voulu sous-entendre que le niveau de la culture baissait : ça, j'en sais rien. Les classiques sont moins connus, mais les compétences sont plus étendues qu'avant. Je ne dispose pas des outils qui permettraient de se livrer à un comparatisme avant / maintenant, et de toute façon je pense que c'est pas un débat intelligent. Il ne faut pas poser la question en ces termes, à moins de faire du déclinisme journaleux.
Par contre, je considère que l'école doit être le lieu de l'apprentissage des classiques, de l'effort, le lieu d'acquisition des outils de réflexion, et que ce n'est pas en zappant Voltaire, Montesquieu ou Voltaire qu'on instruit (ah, l'instruction, quel beau mot) correctement les gamins.
C'est trop dur ? Et bien il faut forcer, il faut que le prof soit pédagogue et l'élève persévérant.
Ça n'empêche pas de lire par ailleurs Marc Lévy et Voici ou de regarder la star qu'elle est nouvelle (moi-même, hein...). Simplement, la culture populaire est accessible, partout, dans la société, tandis que la culture classique, elle, est de moins en moins présente et n'est souvent abordée qu'à l'école. C'est donc d'autant plus important que l'école l'aborde. Histoire de tenter de donner à chacun un peu des mêmes armes... Histoire de tenter d'éviter l'extrême concentration du capital culturel aux mains d'une toute petite élite. Histoire d'éviter que tant de gens se déclarent, plus tard, eux-mêmes incompétents, illégitimes, pour juger des affaires de la Cité.
Les fleurets mouchetés : y faut pas relever toutes mes conneries, c'est juste des gamineries de ma part, de l'amusement pas forcément sain(t).
Voltaire n'est pas, à mon avis, un bon exemple d'auteur difficile. Car il est tout bonnement amusant à lire, un vrai plaisir, à mon goût, toujours d'actualité dans la façon dont il traite ce qu'il estimait important à son époque. Montesquieu, oui, lui, il est carrément chiant. Et difficile.
Et pour le fond, le fait qu'à l'école on doit faire pleins d'efforts et faire des choses difficiles. Oui. Mais il ne faut pas faire QUE des choses difficiles. Ca ne serait pas très "pédagogique", non ? :-)
Et puis bon. Je ne crois pas que finalement, Guillermo ait eu souhaité mener spécifiquement ce débat là.
Tiens, au fait... Et les Alexandre Dumas (père et fils), vous les classez comment parmi tous les auteurs des siècles passés ?
C'est justement parce que cet du débat ne semblait pas pouvoir se développer chez Guillermo (pas assez radical, ou pas assez chic ?) que j'ai souhaité le poursuivre ici ;-).
Parce qu'au total, tu vois, on est d'ac' sur le fait qu'il faut faire des choses difficiles (mais pas que) à l'école, et que c'est une question de pédagogie, avant tout.
Sur Montesquieu, certes, ce n'est pas très jouasse, du moins, tant qu'on n'a pas franchi un palier : et ce franchissement du palier est en lui-même une jouissance intellectuelle ; de la même façon que quand on commence à comprendre ce que raconte Bourdieu dans ses textes les plus
difficilesexigeants. Il est des auteurs vraiment abscons (Hegel, par exemple) ; mais je classe pas Montesquieu dedans. Pour moi, il est un des plus indispensables penseurs politiques français.Les Dumas, je les mets dans la catégorie . Ils sont donc intéressants à double titre : en tant que entertainers, et en tant qu'entreprise littéraire à succès.
Juste mon grain de sel : quand on parle "culture", "compréhension du monde", "outils de réflexion", les références immédiates se tournent toujours vers la littérature et la philo (loin de moi l'idée de les dénigrer) et jamais vers les sciences, qui peuvent fournir pourtant des outils très profonds et solides, même s'ils ne sont pas sur le même plan. Voilà du vrai intemporel à mon avis, et aucun doute qu'on en parlera encore dans 100 ans ...
Il est question de temps disponible, et à ce titre, si on n'y est pas forcé un minimum, le temps est accaparé par - bien souvent - la petite lucarne qui scintille. Il est vain de vouloir à mon avis concillier la culture télé avec de vraies idées, j'ai rencontré beaucoup de gens qui se disent non seulement indépendant face à la télé, mais qui prétendent pouvoir expliquer à leur enfants le bien du mauvais, l'utile de l'inutile ... etc. Pédagogie vaine ? oui, à mon avis, pas seulemnt par la qualité de ce qui est diffusé, mais surtout, par la diversion que ça implique et le schéma que ça véhicule.
Je te rejoins sur l'idée d'enseigner des choses difficiles, et en ce qui me concerne, j'ai beaucoup changé depuis que j'ai éteint cette télé. L'avantage qu'à la culture "minute" c'est justement qu'elle ne nécessite pas de pédagogie, elle est immédiatement accessible, assimilable et fait appel aux couches superficielles de notre esprit. Rien en soi n'est mauvais ou bon, mais le temps d'antenne permet de mettre en avant certaines choses au dépend d'autres.
Si on ne forme pas les jeunes à apprendre des choses difficiles, leur esprit ne se tournera pas vers des réflexions difficiles, il sera tout juste dispo pour 20minutes, et on continuera à former des futures fashion-victimes et autres chanteuses de douche.
A beaucoup de points de vue, je pense que l'éducation, c'était mieux avant, pas forcément pas volonté, mais aussi bêtement parce que le paysage médiatique était fondamentalement différent, parce que les écrits disponibles étaient ceux d'écrivains et pas de BHL (ou ils étaient nettement moins nombreux les BHL).
Je me souviens avoir fait de la philosophie, mais une philo tellement chiante que personne n'aurait pu s'y intéresser, une réflexion sans fin et sans but sur le "moi" et ses variantes, je suis sidéré aujourd'hui de découvrir des auteurs comme Deleuze, et j'ai peu d'espoir de voir de telles idées diffusées largement.
Yogi : tu as parfaitement raison, et de pointer cette tournure d'esprit (qui chez moi se trouve encore renforcée par ma formation et mes goûts), et de signaler que bien des apports de la science peuvent constituer des outils de compréhension du monde (même si je n'y connais pas grand chose, c'est toujours une claque que de lire ceux des scientifiques qui savent être pédagogues...). Et que dire de l'épistémologie (merci wikipédia), hein ?
coco_des_bois, je t'assure que je parviens aujourd'hui à faire un usage que je considère comme raisonnable de la télé... même s'il m'a fallu pour cela :
C'est celle de mon apollon, actuellement, mais nous n'avons pas cet usage machinal qui est décérébrant (et s'il y avait un usage de ce type qui devait s'instaurer, fais-moi confiance pour le casser directos !). Même quand les Bachous sont là, nous ne l'allumons que pour regarder un programme choisi à l'avance dans... téléramouille, évidemment ;-) Et apparemment, ils se sont habitués à cette façon de faire, parce qu'ils ne la réclament pas. Tout juste s'ils réclament un dévédé par w-e (et encore, s'il fait pas beau).
Oh, ben c'est pas tellement à l'école primaire qu'il y a des soucis, c'est plus tard... cela dit, une fois de plus, je patage tout à faire ton analyse. Je m'en vais aller lire ce monsieur Guillermo… Mais auparavant, je m'en vais aller assister à ce colloque au lycée Henri-IV ce soir Le mardi 30 mai à 20heures, au Lycée Henri IV, se tiendra réunion-débat publique sur le thème :
c'est amusant qu'un tel sujet soit traité dans un tel lieu…