Un ou deux p'tits trucs en passant
Par ko le jeudi 18 mai 2006, 10:20 - Ça m'éééénerve... - Lien permanent
Des idées inachevées mais qui m'embêtent un peu...
Le matin, je fais partie de ceux qui ont la chance de ne pas aller au bureau
: enfin, je dis ça sans vouloir déranger personne, mais pour avoir expérimenté quelque temps la vie de bureau en entreprise du tertiaire, il est clair que pour moi, ça se rapproche grandement de l'enfer sur terre. N'allez pas croire que je me contente du chômisme pour autant, mais j'ai longtemps préféré aller gagner ma croûte comme serveuse, ou free-lance - et aujourd'hui comme profession libérale - plutôt que de m'astreindre à la régularité monotonie du salariat, qui me rend profondément neurasthénique (enfin, je démissionne avant). Bon, ce choix a évidemment des conséquences financières non négligeables, mais ma tranquillité d'esprit et ma santé ont un prix, je l'accepte.
Bref, je prends donc le temps, le matin, de siroter mon Tarry Souchong en arpentant l'internet mondial tout en jetant un oeil critique sur le quotidien local : le Parigot, donc. Après avoir torché les mots fléchés - croisés, je peux m'énerver à loisir, au choix et simultanément, sur l'incurie des journalistes, sur les turpitudes des gens de pouvoir, sur la nullitude de la vie politico-intellectuelle, du moins celle qu'on nous donne à voir, sur les saletés que se font les humains ici et ailleurs, bref, sur le monde-tel-qu'il-va (mal).
Ces jours-ci, il y a un truc qui m'a parfaitement atterrée. J'en flippe à l'avance. Un mini article, presqu'un entrefilet, annonçait gaiement (les journalistes sont fous) que la grande distribution allait très bientôt pouvoir inonder les écrans télé avec des pubs qu'on imagine à l'avance très créatives, hein. Ça va donner... Deux têtes d'empeignes de pubards en costard rayé expliquaient avec enthousiasme (ces mecs sont de vrais mystères pour moi : sont-ils seulement humains ?) qu'on devait s'attendre à un raz-de-marée de spots semblable à celui qu'on vient d'essuyer, et dont on ne se remet qu'à grand peine, concernant la mise en concurrence du douze. Ouh pitin... J'en souffre à l'avance... Ils
vont encore tenter de nous pondre dans la tête, et tout humain affublé de lardons sait déjà combien ils sont efficaces : je suis profondément non-violente, mais il me vient des envies terribles d'ouverture de la boîte-à-claques quand l'un des bachous se met à gazouiller hurler à tue-tête l'un ou l'autre de ces djingeulz.
Alors, il suffirait certainement de ne pas avoir de télé, c'est sûr. Mais comment je ferai pour suivre la nouvelle sta-a-ar, dans ce cas ? Et l'apollon, pourrait-il vivre sans regarder à intervalles très réguliers 22 bonhommes courir derrière la baballe ? (même pas j'y pense). Et les films ? Et le rugby (prononcer rubi avec l'accent rocailleux du sud-ouest) ? Et certains docu ?
(Hop, transition maligne)
Un docu visionné récemment, hélas, pas en entier, m'a collé des frissons et profondément attristée. Il s'agit d'un docu retraçant la saga du coton (diffusé sur arte, évidemment), des petits paysans africains aux immenses plantations brésiliennes et en suivant le fil, jusqu'aux ouvriers esclaves chinois et filatures vosgiennes. Une des images qui m'a le plus frappée montrait des jeunes gens chinois fabricant des chaussettes dans un atelier. Quand je dis esclaves, j'exagère, bien sûr. Ils sont simplement sur-exploités, mais semblent satisfaits : insatiables, ils donnent à voir une belle énergie (peut-être ne nous montre-t-on pas ceux d'entre eux qui ne peuvent suivre ces rythmes infernaux ?). Ils font les deux-douze ; avant de dormir, ils avalent un repas commun et filent au cyber-café. Ils financent leur famille restée au village. Ils ressemblent à des robots, insensibles au bruit des machines, gestes mécaniques et experts. Je me dis, en les voyant sourire et sembler se satisfaire de leur sort, que je les plains, ces bons petits soldats du dynamisme économique chinois ; je les plains, pas parce que je les méprise, bien au contraire. Je les plains, parce qu'ils n'ont pas le temps de vivre, de réfléchir, de s'amuser. Parce qu'ils semblent être à une charnière : leurs conditions de vie sont extrêmement dures, mais leurs espoirs les projettent dans le luxe qui est le nôtre. Ils sont enthousiastes (ou font semblant de l'être), car ils pensent oeuvrer dans cette direction. Ils s'abreuvent d'images de modernité et de confort, et en supportent le dortoir au-dessus de l'atelier.
Mais ils ne savent pas que c'est un leurre. Qu'il est impossible que nous (les humains) vivions tous aussi bien que nous (mode de vie occidental). Qu'ils courrent après une chimère. Plus loin dans le docu, un ouvrier vosgien exprime clairement mon sentiment : il espère très fort qu'un jour, ces ouvriers chinois vont se rebeller, vont s'unir et réclamer des avancées sociales, que leurs salaires devront augmenter, que c'est inéluctable. Il l'espère, parce que ce n'est pas possible autrement
, et parce que cela introduirait une concurrence moins inégale et sauverait peut-être son emploi, à lui.
Face à ces gens embrigadés dans une lutte économique qui les dépasse largement, et qui trouvent pour l'instant plus d'avantages à une vie industrieuse qu'à une survie difficile dans les campagnes, je le sais bien, c'est donc de la tristesse que je ressens, de l'amertume. Un tout petit peu d'espoir, aussi, qu'effectivement ces millions de chinois se regroupent et réclament de meilleures conditions de travail et de vie. Et m'est venu à l'esprit l'idée que nos bons petits soldats du capitalisme financier à nous, eux, éprouvent certainement un mélange d'admiration et de flip face à ces ouvriers chinois : leur réaction doit ressembler à peu près à ils vont tous nous bouffer ; ah ! que nos pauvres-à-nous ne sont-ils aussi dociles et industrieux...
. Ils ne pensent pas à chacun de ces individus-là, dans toute sa complexité d'être humain, mais à une abstraction : la force de travail que chacun d'entre eux représente. Et ils se disent libéraux ? Ils pensent être individualiste ? Et tout ce qu'ils voient dans un ouvrier chinois, c'est la force de travail dont il est capable, poussé par la nécessité ?
On ne vit décidément pas dans le même monde.
Commentaires
Voilà un article déprimant mais qui fait partie de ce que j'aime lire parce qu'il est plein de sensibilité.
Je pense que tu pourrais éteindre ta télé sans pour autant te priver de sources d'info intéressantes, perso, je pense à jeter la mienne qui n'est jamais ne serait-ce que branchée... Internet me fournit une quantité incroyable d'info et je peux faire le tri et en plus, tu peux trouver des reportages intéressants et prendre ton temps pour les lire ou les visionner. Tu te sépares de cette dictature du temps qu'impose la télé, tu n'es plus obligé d'obéir au programme télé...
Pour le reste, je crois également que l'argument qui explique que les délocalisations favorisent les pays qui les exploitent est en grande partie faux, et la preuve en est que les entrepreneurs se dépèchent de quitter un pays quand les minima sociaux ont le mauvais gout de remonter. Dans ce contexte, on peut juste limiter notre consommation de textile, mais ça ne peut être efficace qu'appliqué à beaucoup de gens...
On est effectivement très impuissants face à ces dumpings salariaux et sociaux. Il faudrait leur envoyer des syndicalistes, en fait ? Ou contraindre leur gouvernement à laisser exister ses opposants, surtout...
Remarque, je suis passée hier rue Popincourt, et va savoir si tous les grossistes en sapes qui y sont installés ne sont pas alimentés par des ateliers clandestins reproduisant quasi à l'identique les conditions de travail et de
viesurvie des ouvriers chinois de là-bas ? Un peu comme les ateliers turcs du 10è arrondissement au début des années 80. C'est un puits sans fond : la misère alimente la misère.Pour ce qui est de la télé, je l'avais dit ailleurs, mais j'ai vécu 10 ans en m'en passant, et depuis, j'en fait un usage qui me satisfait, dans la mesure où je n'y pioche que ce qui m'intéresse (et merci les enregistrements pour ne pas dépendre des horaires !). De toute façon, en vivant pas seul, tu fais forcément des compromis, hein... ;-)
En complément à coco des bois, un exemple de contre-feu efficace: acheter des produits de sociétés qui proposent des avancées sociales. AmericanApparel par exemple. Ils sont américains et donc en font un argument de vente mais le point est là. Je ne parle pas de commerce équitable mais nous n'en sommes pas loin.
Quant au mirage occidental, j'y suis confronté tous les jours. Beaucoup de mauriciens quittent leur pays (et pourtant il ressemble à la photo de titre du blog, en moins arboré) pour trouver
mieuxailleurs. Certains reviennent aussi, car ils rentrent dans le mode de vie que tudécriesdécris. Finalement, chacun veut faire sa propre expérience... On ne peut en vouloir aux Chinois et les avertir ne servira pas à grand-chose. Reste donc à militer en consommant à bon escient et en entreprenant de manière équitable et sociale.Gilles, tu as raison, c'est ce qui est si triste : on ne peut que les comprendre (cet espoir de vivre mieux)... Consommer le plus local possible et respecter les valeurs d'équité, vi.
Il était question de ça et d'autres trucs par là.
@Gilles : Je suis très loin d'être persuadé que le choix "de consommateur" vis-à-vis de tel ou tel produit du "commerce équitable" ou "proposant des avancées sociales" soit réellement efficace, et encore moins suffisant en soi.
Le "commerce équitable" est en train de devenir très mode et très hype. Je ne dis pas que ce soit bidon, mais si on commence à en trouver dans les supermarchés et hypermarchés, y compris dans leurs propres "marques", c'est avant tout parce que c'est pour eux un moyen marketing de différenciation (tout ce qu'ils recherchent) et que ça va assez bien dans le sens du poil de la mode et de l'opinion publique. Idéal donc. Pour les circuits de distribution, du moins.
Quant à savoir quelle sera au bout du compte la part réellement "équitable" de ce commerce que l'on voit désormais s'étaler jusqu'en affiches 4x3 sur nos murs, vantant une célèbre marque de Jeans proposant désormais un modèle en "coton équitable" (doit-on en comprendre que leurs autres modèles sont en "coton inique" ?), j'ai plus que de gros doute.
On a déjà vu, hélas, par le passé, à quel point toutes ces niches commerciales / marketing peuvent constituer des aubaines pour certains "entrepreneurs" sans scrupules qui profitent de la crédulité d'autrui. Il y avait eu il y a quelques années, si ma mémoire est bonne, un "demi" ou "petit" scandale sur certaines sociétés imprimant les "journaux" vendus dans la rue par des sans-logis par exemple. J'ai aussi entendu parler d'employés exploités par des sociétés travaillant dans la récupération et le traitement des fringues et tissus que l'on dépose "pour les pôvres" dans les containers sur les parkings de supermarchés.
Ce ne sont pas par quelques emplâtres consuméristes et quelques jolis mots / jolies modes "commerce équitable" etc. que se règleront réellement les problèmes de justice sociale. Pas au plan local, et encore moins au plan mondial.
Les seules vraies solution sont politiques - et n'existent pas vraiment à ce jour, en tout cas pas au niveau mondial.
Mais ces inventions sont excellentes pour s'acheter une bonne conscience à peu de frais. Et faire marcher le bizness. D'où leur succès.
(Cela dit, je ne consteste nullement que parmi ces initiatives, on trouve effectivement des gens qui se crèvent généreusement le cul et des assoces qui font des choses très bien. Certes. Et faire une chose très bien, c'est toujours mieux que rien. Mais le risque est que toute une société n'utilise ces initiatives pour se dédouaner de sa responsabilité collective. Un peu comme la charité - les restos du coeur... - permet aux politiques et à la société de se défausser de problèmes centraux qui la concernent au premier chef, en refilant ces problèmes au secteur caritatif et associatif, secteur qui ne peut que tenter de poser quelques emplâtres sur les plaies suppurantes - et structurelles - de notre société. Ugh. Longue parenthèse, non ?)
Ach, Swâmi, tu as raison, mais Gilles n'a pas tort non plus...
Précision d'importance : consomer à bon escient, de mon point de vue, c'est de toute façon éviter les grandes surfaces autant que faire se peut. Pas facile, surtout financièrement. Et vu qu'on est pas très nombreux à le faire, impact global certainement anecdotique.
Quoique... un ami de l'apollon a eu vent d'une étude marketing, apparemment importante, faisant état de cette frange de consommateurs devenus incompréhensibles pour les manitous de la pub. Pas uniquement les ceusses qui s'achètent une conscience avec les produits équitables et bio de monop' (mais c'est déjà mieux que rien, tout d'même). Non, plein de gens qui ne mangent effectivement plus de fraises en hiver. Des gens qui rejoignent des Amap. Des gens qui s'abonnent à des paniers bio produits localement. Des gens qui troquent, qui donnent, qui recyclent.
C'qu'il nous faudrait, c'est une bonne vieille crise institutionnelle, histoire de secouer un peu tout ça et de pouvoir espérer un début de représentation politique de ces aspirations convergentes mais encore trop inaudibles.
Ach, Swâmi, tu as raison, mais Gilles n'a pas tort non plus...
Précision d'importance : consommer à bon escient, de mon point de vue, c'est de toute façon éviter les grandes surfaces autant que faire se peut. Pas facile, surtout financièrement. Et vu qu'on est pas très nombreux à le faire, l'impact global est certainement anecdotique.
Quoique... un ami de l'apollon a eu vent d'une étude marketing, apparemment importante, faisant état de cette frange de consommateurs devenus incompréhensibles pour les manitous de la pub. Pas uniquement les ceusses qui s'achètent une conscience avec les produits équitables et bio de monop' (mais c'est déjà mieux que rien, tout d'même). Non, plein de gens qui ne mangent effectivement plus de fraises en hiver. Des gens qui rejoignent des Amap. Des gens qui s'abonnent à des paniers bio produits localement. Des gens qui troquent, qui donnent, qui recyclent.
C'qu'il nous faudrait, c'est une bonne vieille crise institutionnelle, histoire de secouer un peu tout ça et de pouvoir espérer un début de représentation politique de ces aspirations convergentes mais encore trop inaudibles.
Je pense en effet que certaines initiatives sont du flan, d'autres, sont quasi imposées par une opinion publique qui est de toute façon plus sensibilisée qu'avant à ce genre de problématique, en effet, c'est un peu "hype". Mais une des clés à mon sens est de faire le tri dans ce qui est indispensable et ce qui ne l'est pas, là réside le vrai pouvoir du consommateur que nous sommes, ça ne veut pas dire se priver (quoique l'idée ne me dérange pas spécialement, je profite depuis que je suis né, je peux faire un effort de temps en temps) mais ça veut dire qu'il est certainement possible de soutenir à notre niveau des initiatives comme le bio, mais le bio local, le troc, oui, une maraichère de mon marché le pratique et je commence à prendre contact avec elle, si on place ça comme priorité, on dégage le superflu et on peut peut être payer un peu plus cher ce qui le mérite.
C'est intéressant ce croisement d'idées entre Swami et Ko, car je pense que l'action individuelle peut amener à une prise de conscience par les politiques, non pas idéologique, mais du poids de l'opinion et des citoyens, c'est notre responsabilité d'avoir ce genre de comportement. Le gouvernement ne doit pas se reposer sur les initiatives, mais nous ne devons pas nous reposer sur le gouvernement, qui gouverne par définition pour la majorité.
On a bien entendu ces dernières semaines les journalistes et politiques dire "la rue ne doit pas gouverner" ... c'est faux, la rue gouverne depuis le jour des élections, en tout cas, elle ouvre sa gueule et a le droit et le devoir d'agir. Si l'action individuelle ne suffit pas à infléchir les décisions politiques, alors tôt ou tard, on va vers une crise...
(Quelques réflexions pour alimenter cette discussion...)
Introduire un choix politique dans notre consommation n'est pas une attitude si nouvelle que ça (L'exemple extrème c'est le boycott). C'est une attitude qui prend un peu d'empleur en ce moment. Mais il ne suffit pas de faire (acheter bio ou commerce équitable, éviter les supermarchés), il faut aussi faire savoir (Expliquer ce qu'on fait et pourquoi on le fait. Il faut faire savoir d'abord à ses voisins et amis pour en entrainer quelques uns. Il faut aussi faire savoir à nos cibles (les supermarché, les producteurs d'OGM...) pour qu'ils sachent clairement quelle est la pression, et par quoi elle est motivée. Il suffit que 5% des consommateurs d'un produits déplacent leur choix pour que le produit disparaisse... La marge de manoeuvre des sociétées (en particulier les supermarchés) est aussi réduite que ça.
Le plus gros du boulot c'est donc de parler, de convaincre et de rassembler... Et c'est pas facile quand les alternatives disponibles ne font pas réver. C'est là dessus que la tentative de boycott de Total avait échouée. Boycotter Total c'était acheter chez Shell, BP ou les supermarchés. Pas très motivant ! (Mais je continue à boycotter Total. Mais avec un scooter, ma consomation de carburant est très réduite :-).
Ce que tu exposes là est l'exacte analyse que font les anarchistes de ce qui va conduire à la fin du capitalisme. Et cela dût-il en surprendre quelques uns je partage l'analyse qu'ils en font, mais je doute par contre des solutions pour aboutir sur un monde plus vivable pour l'ensemble de l'humanité.
Le système est finalement assez simpliste, on baisse le coût de la main d'oeuvre en utilisant des pays vivant comme l'europe du XIXème siècle leur "exode rural". Les ouvriers chinois vivent mal et gagnent peu en venant travailler en ville, mais gagnent tout de même davantage que ce qu'ils pourraient gagner en restant dans leur campagne. Mais avec le temps ils vont s'organiser et revendiquer. Dans un premier temps on leur donnera satisfaction, tant que les miettes qu'on leur accorde sont inférieurs au coût par exemple d'un vaste mouvement de grève. Quand ils seront trop chers on ira voir ailleurs pour recommencer.
Là où le problème devient gênant, c'est que le mond n'étant pas infini, les "ailleurs" vont aller en se raréfiant. Si toute la main d'oeuvre mondiale a un coût sensiblement équivalent, comment va-t-on faire du profit ? Pour l'instant les capitalistes n'ont pas la réponse, ils sont dans la fuite en avant. Mais s'il y a changement il viendra d'eux, les élites gardent toujours la main sur les révolutions. Sans doute de pauvres idéalistes tireront-ils les marrons du feu, au profit d'élites qui changeront quelque peu d'apparence, mais resteront en gros les mêmes.
Le rêve des anarchistes libertaires est de se glisser dans ce moment pour tenter de briser ce cercle vicieux, mais hélas rien n'est bien clair chez eux sur le quoi et le comment.
Vous pouvez inventer tous les commerces équitables que vous voulez, le système marchand dans lequel nous vivons depuis en gros ce qu'on considère la fin du moyen-âge (les années autour de 1450, la chute de Constantinople, qui marque de façon académique la fin du moyen-âge, à eu lieu en 1453) n'est pas équitable, n'est pas fait pour l'être et ne peut fonctionner, comme un système thermique, sans un déséquilibre.
La crise dont parle coco des bois, qui approche, est la fin du système dans lequel nous vivons, en tout cas dans sa forme actuelle. Et personne je pense n'a la moindre idée de ce qui lui fera suite. Et avant qu'une quelconque solution n'émerge, il y aura la guerre, ou les guerres, en tout cas une période d'affrontements et de test des diverses positions de force, des alliances sans doute improbables et une réorganisation de l'ensemble.
Les générations qui vont naître dans les cinquante prochaines années vont avoir à la fois une vie exaltante car ils vont voir naître un monde nouveau, mais pour la plus grande partie d'entre eux ils mordront la poussière sans connaître l'issue des changements en cours. Le monde va redevenir ce qu'il avait semblé cesser d'être pour quelques privilégiés occidentaux pendant une cinquantaine d'années, impitoyable et dur.
Alarc'h : c'est une vision pessimiste, mais toute optimiste que je sois pour ce qui concerne la vie quotidienne, je suis hélas d'accord avec toi sur cette fin d'un monde et la dureté qui nous attend (et pourtant, j'ai quand même envie de faire des enfants avec mon apollon...).
J'appelle ça en référence évidente à l'Empire romain, les années sombres qui nous attendent pouvant être assimilées à un néo Moyen-Âge, mais je précise toutefois que cette période historique n'a pas été que catastrophique, régressive, obscure. De toute façon on ne peut que supputer, et comparer avec les outils historiographiques dont nous disposons. C'est marrant que tu cites également une référence historique de cette époque.
Il y a tout de même une dimension supplémentaire extrêmement inquiétante dans la situation actuelle : le monde est fini, comme tu dis, et nous le mettons gravement en danger. D'après certains analystes, il serait encore possible d'éviter la big catastrophe, à condition de s'y prendre dès maintenant et de changer drastiquement nos modes de vie et d'exploitation de l'environnement. Bon, il est évident que ce n'est pas la voie que nous allons suivre toutd'suite. Cette incertitude sur la capacité de notre éco-système à nous accueillir, nous nourrir, nous protéger, aggrave grandement les conséquences de la crise économique, sociale et politique...
Je renvoie à la rubrique de l'hebdo Canardesque, qui a évoqué plusieurs fois la thèse de l'Île de Pâques (bataille d'orgueil entre les différents chefs claniques, destruction des arbres pour la construction des grosses statues - substituts phalliques ? symboles de la puissance du chef qu'elles glorifiaient - épuisement des ressources arboricoles et subséquemment de l'île, plus de bateaux pour aller pêcher, érosion des terres cultivables, appauvrissement généralisé, guerre, et état de déchéance profonde jusqu'à l'arrivée des occidentaux...). Cette histoire est une parabole efficace.
Pour ce qui est des anars, je ne sais trop quoi dire : leur capacité de nuisance me paraît extrêmement limitée, et tellement anecdotique comparée à celle des élites ou cyniques ou aveugles et en tout cas court-termistes qui prennent les décisions impactant tout un chacun.
Coco des bois envisage la survenue d'une crise, je sais pas, je trouve que nous avons encore beaucoup à perdre (en France, même si les classes moyennes sont de plus en plus mises en danger). La grande puissance du capitalisme, qu'il soit économique ou aujourd'hui financier, et du système politique qui le rend possible et l'encourage, c'est cette incroyable capacité à recycler et absorber en les lissant les revendications, critiques, opppositions.
Ceci étant, de façon plus terre-à-terre, j'ai eu l'occasion d'observer en Thaïlande les effets de la mise en place d'échanges , avec constitution de coopératives de pêcheurs rendues possibles par les revenus tirés du riz équitable, construction d'une école, d'infrastructures sanitaires... Pour ces quelques villageois-là, la vie est meilleure. C'est déjà ça, non ?
Je ne juge pas les anarchistes dangereux, simplement leur lucidité ne les aide pas plus que les autres. Quant au reste, la vie d'un être humain c'est toujours comme l'histoire de l'homme qui tombe du cinquantième étage, quand il passe au niveau du vingtième il peut se dire "jusque-là, ça va". Je ne sais pas à quel étage nous sommes, je suis, tu es, on le saura toujours assez tôt.
Personnellement, je pense que tant que l'on n'aura pas le courage de rétablir sans barguigner le suffrage indirect - et non "censitaire" comme j'aurais eu la tentation, sans l'alerte affolée de ma belle sur mon épaule, de l'écrire impétueusement -, les problèmes que vous évoquez n'iront qu'en empirant (phénomène de délitement cancéreux des édifices philosophico-politiques instables)...
L'une des choses qui me déprime le plus est de constater, en deux points, que personne ne semble comprendre les vérités suivantes : aucun système politique et social - fût-il de gauche ou de droite - ne peut fonctionner rationnellement sans un Etat fort et intransigeant ; ensuite, la Liberté, réclamée et invoquée à cor et à cri tant par les tenants du libéralisme économique que par les libertaires de gauche, ne peut se vivre et se partager qu'à l'intérieur d'un cadre clos de quatre murs infranchissables, et pour le bien de tous. Rappelons que toute doctrine tendant à convaincre du contraire est une dictature, au même titre de que celles qui ne préconisent que les murs (donc, rappel : Alain Madelin n'est pas un libéral, mais un malade mental).
Or, pour jouir, tous ensemble, à la fois de la Liberté et de la protection inoxydable, indiscutable et inattaquable des règles de l'Etat, avouez avec moi qu'il convient de parvenir à ériger un système constitutionnel qui nous préserve du risque fou de l'accession au pouvoir suprême d'un individu au mieux médiocre (Jacques Chirac), au pire dangereux (Jean-Marie Le Pen). Mon souci est, qu'en l'état du bousin, ni l'un (c'est déjà fait et deux fois !), ni l'autre (c'est pour dans un an, si rien ne va mieux) ne relève malheureusement de l'ordre du fantasme. C'est du bon réel en béton armé et, à part prier Saint-Expédit ou gober des drogues douces, personne n'y peut individuellement grand-chose...
Arrêtons un instant de nous faire exclusivement peur, et redescendons d'un étage dans le drame : on n'est pas certain, avec notre système moribond, de se cogner à coup sûr le Grand Con ou le Borgne ; on peut aussi, chanceux que nous sommes, devoir se contenter d'une connasse démo-chrétienne néo-radicale, d'un nain apprenti-sorcier atlantiste ou de n'importe quel apparatchik solférinien issu des rangs pléthoriques de l'inspection des finances... De quoi pavoiser, vous en conviendrez ! (Dieu merci, la frilosité française couplée à un maigre substrat de raison reptilienne prévient encore tout risque de se manger un trotskyste ou un néo-nazi-écolo en espadrilles...)
Un savant et raisonnable politologue trèèès érudit dont j'ai oublié le nom à force de visionnages trop rapprochés de matches de foot, écrivait un jour dans un respectable mensuel pourtant de gauche qu'avec un système "éclairé" (tout est dans la définition, j'en conviens ! Difficile dosage) de suffrage indirect - grands électeurs à nomination multi-critères et ultra-surveillés -, jamais ô grand jamais un individu sub-cortical comme Jacques Chirac n'aurait réussi à obtenir la maîtrise du bouton nucléaire...
Alors, et George Walker Bush, me direz-vous ? Il n'a pas été nommé par des Grands Electeurs bien respectables, lui ?... Eh ben non, dans le cadre d'un "Etat fort", je vous ai dit... Suivez un peu, bordel !...
Pitié... Faites circuler l'idée : y'a plus que ça qui nous reste... On est dans le merde. Graaaaave...
Avant de partir dans l'anarchie, on peut revenir sur le 'acheter local'. Je ne suis pas forcément client pour deux raisons:
Personnellement, je ne réfute pas que les labels dits 'équitable' sont 'tendance'. Sous réserve que les arguments de ces marques soient vérifiés (ce que demande un magazine consumériste) si cela peut bénéficier aux petits récoltants d'Amérique du Sud ou d'ailleurs et bien tant mieux... pourquoi pas...
Mon credo est sur la responsabilité
Bref, pas de solution, mais ce bon vieux slogan repris à toutes les sauces: "think globally. act locally"
PS: ces commentaires virent au forum...
Ça vire un peu au forum, vi, c'est bien, mais y a juste que ça plombe l'ambiance, tout de même, ces sujets...
Pour ce qui est des questions de suffrage direct, indirect, et plus largement de système électoral, je renvoie chez Merome, ici, et là (il faut tout lire, c'est bougrement intéressant !), et puis bien sûr à Wikipédia.
@Ko :
Sauve le coup, sauve l'ambiance, mets du cul !!! ;-)))
Du sesque inter-ethnique à partenaires multiples, ça peut le faire, visuellement parlant...
En attendant, trèèèès prochainement sur cett île, de la musique de djeunzz qui font du rock mâtiné d'électro et du dub avec une grosse louche de funk (rien que ça).
Pour certains "libéraux" la liberté s'arrête au mouvements libres des objets, les esclaves ont la liberté de rester dans leur prison ...
Quelqu'un qui aime le rubi ne peut pas être fondamentalement mauvais ;-))))
Je suis pas mauvaise, car j'aime le rubi (ces hommes virils partant à la conquête du ballon... c'est mon côté archaïque, ça me plaît).
@Doll (my god c'est stylé cette expression, @machin, j'aime bien) Je trouve ton discours clair et bien posé, si t'as d'autres trucs à dire, ça doit être intéressant. (hé ho, je blague pas là ok, y'a pas de second degré, nan paske on sait jamais comme on est interprété sur ce foutu internet !)
Moi, j'ai vraiment peur de nous mêmes, de moi et de mes semblables, quand on sait ce que consomme la fabrication d'un ordinateur, eau, énergie, pollution... etc, comment imaginer que toute la planète finisse un jour par s'en doter alors qu'on est déjà en situation d'urgence en terme d'eau potable, mais ce qui fait vraiment peur, c'est léventualité de devoir un jour se passer de toute cette technologie, un retour en arrière... est-ce complètement débile ? je sais pas ...