Eric et son flip, le retour
Par ko le mardi 16 mai 2006, 18:11 - Ça m'éééénerve... - Lien permanent
Je ne sais même plus par quoi commencer tant tout ce que je relis de sa prose me révulse...
Rappel de l'épisode précédent : on m'a mis entre les mains un petit pamphlet visant à dénoncer le complot féminin
qui viserait, selon l'auteur, ici nommé le petit Eric, à émasculer les hommes
, en éliminant la masculinité, et tout ce qui y renvoie, du champ des valeurs positives. Complot féminin évidemment soutenu par les homosexuels, selon notre petit penseur auteur. Evidemment. Quoiqu'on se demande dans ce cas si les homosexuels ne sont pas idiots, car émasculer l'homme reviendrait pour eux à scier la branche sur laquelle ils sont assis, si je puis me permettre cette image... imagée.
Or donc, d'après notre pamphlétaire, et l'on sera certainement d'accord avec lui sur le premier point, la tradition judéo-chrétienne repose sur cette distinction essentielle, hommes et femmes séparés dans les fonctions et les rôles
. Cette distinction fonde une conception du monde
(toujours d'accord), et Eric nous renvoit au classique sacré et profane, pur et impur, privé et public, {...} indigène et étranger
. Bien. On suit toujours.
Ce postulat n'est pas quelque chose de neuf pour ses lecteurs, ni pour les miens, j'imagine, c'est une base de la philosohie pour tous enseignée au lycée. C'est un point de départ pour une réflexion. Sachant ce que l'on sait déjà d'Eric, on craint évidemment qu'il considère cette distinction, dont il dit lui-même qu'elle relève de la tradition judéo-chrétienne, comme une distinction naturelle (ça se discute), mais bien plus : fondamentale, et surtout éternelle, intouchable, sacrée. Car qu'il y ait des hommes et des femmes (et des transsexuels, j'y reviendrai), cela est indiscutable. Que nous, hommes et femmes occidentaux, nous représentions le monde de façon binaire, cela également est - encore - indiscutable. Que ce soit bel et bon, qu'il ne faille surtout pas toucher à cette conception, voilà qui n'est rien d'autre qu'une extrapolation idéologique, en revanche...
C'est pourtant ce qu'assène violemment Eric. La confusion moderne des genres vient délibérément subvertir
cette conception du monde. En passant, je signale qu'à ma connaissance, une confusion des genres n'est pas animée d'une volonté propre et individualisée, et que j'ai tendance à me méfier fortement des analystes qui se livrent à de telles réifications (ou chosifications) des concepts. Mais bon, nous sommes dans un pamphlet, pas dans un ouvrage scientifique ou universitaire, et ce type de manoeuvre dialectique est monnaie courante dans le genre pamphlet. Soit.
Alors, cette subversion, qu'en pense-t-il donc, notre auteur ? Que les genres sont brouillés, et qu'il échoit donc à l'homme, la femme, et le trans modernes que de les redéfinir, se livrant ainsi, de concert, à une passsionnante exploration de l'identité ?
Ben non, évidemment. Pour Eric, c'est une catastrophe. Il n'y a plus d'homme, ni de femme (les trans, y connaît pas). C'est une société du désordre
(c'est lui qui le dit, hein !). Et le désordre, sapucépabo, selon Eric. Il a perdu ses repères, et il ne s'en remet pas !! Quel manque de confiance en l'humain, tout de même... Ça peut être une sacrée chance, que d'interroger la distinction sur laquelle se fonde notre représentation du monde... C'est un accroissement potentiel de notre compréhension du monde, de l'être humain, de son autonomie...
En plus, faut pas qu'il s'inquiète de trop, l'ami Eric. Hé, oh, si tu m'entends, Eric : rassure-toi, pour ceux que je côtoient, les mecs sont toujours des mecs, et même chez les minots, va... Ce sont toujours les petites filles qui veulent être maîtresses et les petits garçons qui rêvent de construire des bateaux... En écrasante majorité, du moins. Heureusement qu'il y a quelques hurluberlu-e-s, de-ci, de-là, pour incarner cette transmutation des valeurs qui te fait si peur, petit Eric...
Et puis tous ces gens qui te semblent céder à une hypothétique féminisation de la société, ce sont simplement des gens sensibles ; il y en eût de tous temps, et parfois davantage (je te renvoie à l'époque de l'amour courtois des trouvères). Au lieu de voir là féminisation, il me paraît plus raisonnable d'y voir évolution des moeurs. Et là, c'est vers un grand homme que je te renvoie : son blaze, c'est Norbert Elias, et un de ses bouquins fondamental c'est La civilisation des moeurs. Tu y apprendrais des choses intéressantes concernant l'évolution des pratiques corporelles, de l'expression des sentiments et des valeurs dominantes au cours des siècles.
Ça me rend presque triste, cette tournure d'esprit dont fait preuve notre pamphlétaire : face à une évolution sociétale, il manifeste incompréhension, refus, rejet, et trouille, enfin. Nous passons - très schématiquement parlant - d'une société fondée sur une représentation binaire du monde, à une société éclatée ? Puisqu'elle est éclatée, elle se recompose, et manifestement, elle semble se recomposer en une société fondée sur des représentations multiples, en interrelation complexes : une société polycentrée. Et oui, avant (enfin, ça continue, en partie, ici et ailleurs) : l'un domine l'une. Demain, peut-être : les uns côtoient les autres.
Alors vraiment, mon verdict : lorsqu'on refuse une évolution (ah, mais c'est qu'elle le fait déchoir de son statut de dominant, aussi !), lorsqu'on y voit un danger et un recul, et bien, on se range dans une catégorie connue, on s'attire une étiquette : celle de réactionnaire, tout simplement ---> Le fondement de toute pensée réactionnaire est le rejet du présent perçu comme "décadent" et la volonté de retourner vers un passé idéalisé.
Wikipédia
(Et ne venez pas m'invoquer un hypothétique Point Godwin, j'emploie réac au sens strict du terme...)
Commentaires
Non, tu n'as rien compris, les réacs sont les jeunes anti-CPE ! tu lis pas les journaux ?
Non, blague à part (pas taper) c'est très bien analysé tout ça, mais il manque quelques liens, des références biblio, bon, je sais je suis pas manchot, une rapide recherche web me permettra de trouver mon bonheur, mais bon, j'aime bien suivre les liens qu'affectionne un "rédacteur" (exemple frappant de la féminisation rampante des expressions).
Pas lu le monsieur, d'ailleurs, après ma visite, ça ne me donne pas envie de le lire. Mais à te lire toi, on ne peut que tomber d'accord avec tes conclusions
Bah... mon comentaire est pas passé... bref, je retape (rhah zob, toute la spontanéité initiale est partie en fumée de bits...)
Dis donc tu sais pas que les vrais réacs sont les jeunes cons qui manifestent contre le CPE ? ceux qui se battent pour préserver des acquis injustes. Sinon, c'est très bien écrit, et ça ne donne pas envie de lire le pamphlet en question, mais plutôt le bouquin de Norbert Elias, bon t'aurais pu mettre une pti lien, mais je devrais trouver mon bonheur sur le ternet. On ne pourra s'empêcher de faire le rapprochement avec les dernières déclarations de Bsixteen... ce gronaze bien à la masse, lui quand il écrit un pamphlet, c'est lu et écouté par des millions de gens ... :(
Heureusement, c'est court, ça se lit vite ; malheureusement, c'est énervant, c'est mauvais pour ma zénitude... Il est pas dit que je poursuive cette série. Peut-être vais-je plutôt chercher d'autres cibles ?
@ Coco_des_bois : et bien maintenant tu es passé deux fois !! (remercie mon incompétence technique qui a retenu ton premier commentaire - et le second - bien trop longtemps)
J'avais oublié de te dire qu'il s'est fait taillé un big costard au Masque et la plume. Sur mesures le costard.
Je me le suis écoté en postcast, c'était défouletoirement drôle.
Merci pour le tuyau, je vais plonger mes esgourdes dans le flux, ça ne fera pas de mal dans le marasme atuel !