L'art de la joie selon Modesta
Par ko le jeudi 27 avril 2006, 17:40 - C'est que du plaisir... - Lien permanent
Je viens de prendre la plus douce et la plus puissante des claques littéraires de ma longue carrière de lectrice passionnée...
Modesta. Cette femme-là, c'est un peu nous toutes, mais c'est aussi le meilleur de chacune d'entre nous, réuni en un personnage qui palpite de vie.
J'ai du mal à l'écrire, ce billet, qui m'est pourtant indispensable. Je voudrais en parler comme il le mérite, de cet ouvrage magistral et accueillant, un livre-monde. Que vous soyez très nombreuses et nombreux à y plonger avec délices. (Swâmi, tu y trouveras certaines clés, si tu sais les entendre - mais nul doute que tu sauras... - du comportement féminin... Rose, tu devrais y trouver des pistes de réponses et des sources de joie. Les autres, je suis sûre que chacun peut y puiser ce dont il a besoin...)
L'art de la joie. C'est la vie de Modesta. Ecrit par Goliarda Sapienza, grâces lui soient rendues, à la divine Goliarda, pour le cadeau inespéré qu'elle nous livre là. C'est Viviane Hamy qui a édité en France ce pavé resplendissant d'humanité, ce qui n'est pas étonnant quand on rappelle que c'est Viviane Hamy qui héberge les ouvrages de Fred Vargas et la belle collection Chemins Nocturnes
.
Un ouvrage de femme ? Peut-être, oui, mais qui va tellement au-delà de ça... Il ne faudrait pas le réduire à son féminisme, politique et culturel, militant et "naturaliste", au risque de lui écarter des lecteurs. Les premiers lecteurs, les libraires (ceux qui font vraiment métier de libraire, s'entend), ont bien compris l'importance de cet ouvrage. Ce sont eux qui l'ont valorisé, en lui octroyant une place de choix sur leurs tables de présentation. Et ils l'ont maintenu des mois durant, aujourd'hui encore, malgré la pression des distributeurs qui rend les places sur table si chères, en librairie. La presse s'est ensuite fait l'écho de ce beau destin : pensez donc ! un livre de la rentrée littéraire qui demeure sur table si longtemps... que les libraires soutiennent, et à qui ils assurent un volume de vente constant...
Ma rencontre avec cet ouvrage a suivi plusieurs fils. J'ai d'abord lu des critiques enthousiastes sur l'internet mondial. Je ne sais plus où, j'avoue, c'était il y a plusieurs mois (peut-être chez Périphéries ?). Puis, j'ai constaté qu'il était toujours sur les fameuses tables des libraires. Je prenais mon temps, j'avais déjà compris que je plongerai dedans, mais c'est un sacré pavé... J'attendais d'autres signes
. Enfin, mon âme-soeur m'a communiqué son enthousiasme ; elle venait de le commencer, et les mots qu'elle a utilisés pour m'en parler m'ont enfin décidé. C'est l'apollon qui me l'a offert, ce qui ne pouvait que rendre l'ouvrage plus cher à mes yeux.
Là, je l'ai fini. J'ai encore des étoiles plein les yeux, pour longtemps, je pense. Un petit peu de cette nostalgie, aussi, celle qui vous prend lorsque vous achevez un livre qui vous a transporté, la petite déchirure de devoir abandonner ces personnages avec lesquels vous avez vécu. Mais pas de tristesse, non. Une grande sérénité et une impulsion de poursuivre en soi, et autour de soi, la prise de pouvoir sur sa / la vie qui constitue un des principaux chemins enseignés par Modesta. Et la volonté de transmettre ce plaisir aux autres : je l'ai déjà offert à ma grande soeur. Je vais le faire lire à l'apollon. Je vous en cause. Lisez-le.
Une dernière chose : je vous livre une citation, non pas du livre lui-même, mais de ce qui est un des livres de chevet de la jeune Modesta, Niels Lyhne, de l'écrivain danois Jens-Peter Jacobsen : Ce qu'il rêve n'est pas impossible, il faudrait simplement que la réalité accepte de ressembler à son désir intérieur
. En grandissant, Modesta réussira souvent à transformer la réalité afin qu'elle ressemble à son désir.
Commentaires
Merci Ko d'avoir pensé à Rose à la lecture de ce livre. Je tâcherai de le lire dès que possible. (Par contre, j'avoue honteusement mon ignorance quant à l'actualité de cette oeuvre! :-/ )
N° 1 tout en haut de ma liste "à lire", Ko. Dès que j'aurai le temps de passer à la FNAQUE...
@ Swâmi : Comment ?!? Tu n'as pas un bon petit libraire de quartier - ou pas, indépendant, un artisan amoureux de son travail, qui connaît ses clients et leurs goûts et les conseillent ? Hooonte à toi !
Bon... je dis ça, j'en ai souvent pas eu, parce que les libraires de quartier indépendants gnan-gnan-tout-ça sont souvent un tantinet trop imbus de leurs personnes et pour tout dire, pètent plus haut que leurs petits culs (tristes, car c'est bien dommage mais les intellos et les rats de bibliothèques ont trop souvent le cul triste, chose qui n'est pas suffisamment dénoncée à mes yeux, mais passons).
@Ko : Ben non, j'ai pas, y'a pas dans le quartier, à part des "maisons de la Presse" qui font des photocopies et vendent de tout sauf des bons bouquins...
Mais y'a une infâme Fnaque à côté de l'immonde Macdo... ;-)
...Et puis, de toute manière, les culs tristes qui pêtent haut, n'est-ce pas ;-))
...cépabo.
Après être passée ici hier, je suis allée chercher "Modesta" et j'ai trouvé différentes choses dans Chronic'Art, sur d'autres blogs aussi (qui semblent d'ailleurs partager ton enthousiasme par rapport aux "Critiques"). Depuis, je dois avouer que ça m'intrigue encore davantage... Mais ces 600 pages vont attendre encore un peu que je les lise! :)
Ca y est, par la grâce de Mâ Anandaramesh qui est passée à la Fnaque, j'ai posé à côté de mon clavier, et je m'en fais une joie à l'avance...
Nos portraits de femmes, de pierre, de mousse ou de joie se répondent donc d'un billet à l'autre, chère Ko. Mon "vrai libraire" à moi a certainement Modesta sur ses tables, et je m'en vais lui demander de me la présenter pas plus tard que tout à l'heure... Merci
@Ko :
Sniff... Je n'arrive pas à avancer dans la lecture de cet impressionnant et magnifiquement écrit ouvrage... C'est le genre de livre dont la lecture nécessite des neurones, et ceux de Swâmi Petaramesh sont toujours aux abonnés absents :-/
D'autre part, je n'ai trouvé jusqu'ici que l'opportunité de le lire par petites "tranches", dérangé sans cesse par les Nains (en les surveillant au parc par exemple...) ce qui ne permet pas de vraiment "entrer" dans l'oeuvre. Une telle oeuvre mérite mieux que ça...
Ce n'est définitivement pas un livre pour métro / W.C. / Surveiller les Nains.
Du coup je suis toujours scotché à la page 77... Dès que mes neurones seront rebranchés (putain, 24 jours... le seront-ils un jour ?) je prendrai ma revanche ;-)
Je n'en doute pas, et tu as parfaitement raison : c'est un livre qui emporte, et il faut donc pouvoir être emporté. Un livre pour partir (en vacances, hein !)