L'on me fait des reproches - voilés et souriants, certes, mais des quasi-reproches néanmoins... - , je me dois donc d'y répondre ! En fait, non, je ne considère pas devoir quoi que ce soit (et puis le lien pointe aussi de très agréables compliments que l'on me fait, et même si je ne suis pas très show off, c'est plaisant, il faut bien le reconnaître...).

Enfin bon, ce billet est écrit avec moults difficultés. Sachez-le. (Et de ce fait, appréciez-le encore davantage, sacrénomdenomdidjiou !).
En effet, moi qui ai acquis, au cours de l'année détestable que j'ai passé au sein d'une entreprise du tertiaire, une grande agilité dans le maniement du clavier, agilité dont je me félicite chaudement, me voilà bien marrie. Tantôt, alors que je maniais éponge et produit vaisselle tout en laissant mon esprit divaguer (j'aime bien faire la vaisselle, car voilà une activité qui ne nécessite que peu de concentration et qui est gratifiante à peu de frais), j'ai omis d'accorder à mes gestes ce minimum requis de concentration, et me suis soulevée une large bande (au moins) de peau et chair du majeur droit à l'aide du couteau si tranchant qu'affectionne tout particulièrement l'apollon, avant que de me rendre compte de l'auto-mutilation ! Horreur, malheur. N'écoutant que mon courage, j'ai fini mon ouvrage en serrant les dents, faisant passer l'éponge dans la main gauche (je suis presqu'ambidextre, c'est souvent pratique) afin de ne pas soulever cette bande de chair et peau facétieuse.
J'ai gagné dans cette aventure une jolie poupée, ainsi qu'on nomme pour les enfants le bout de pansement entortillé autour du doigt, afin qu'ils ne l'arrachent point. C'est extrêmement gênant dans l'exercice de la frappe à sept doigts et demi, je vous l'assure. Enfin, nonobstant l'irritation que provoquent les innombrables fautes de frappe résultant de cette malheureuse aventure, et dont je ne suis point coutumière (je veux dire, des fautes de frappe), me voilà m'acharnant sur mon clavier...

Le but de la manoeuvre était initialement de vous entretenir d'un ouvrage que je ne vais certainement pas finir, car la lecture de la première moitié a déjà largement entamé ma patience et ma bonne humeur (pourtant insondables). Peut-être certaines et certains ont-ils eu vent, voire ont-ils feuilleté ce petit pamphlet, qui a connu une couverture médiatique éphémère (pléonasme) ces temps derniers : Le premier sexe, d'Eric Zemmour, un journaliste - éditorialiste - faiseur d'opinions que je pensais jusque-là intelligent (à défaut d'être pertinent, soit, mais l'intelligence se fait elle-même rare dans les salles de rédaction). En fait, non. Son opus se veut polémique, inattendu, décalé : iconoclaste, peut-être ? Il a l'ambition de dénoncer la féminisation de la société... (où ça ? Aux postes clés des multiples pouvoirs contemporains ? Chez les djeunzz, alors ? Il a pas la télé, Eric, ou c'est qu'il ne regarde pas les chaînes de djeunzz ? Les clips de rappeurs ricains emplis de pouffiasses dénudées et de décérébrés so mâââles, ça ne doit pas faire partie de son quotidien.)

Il se pourrait que je me livre ici à une analyse critique détaillée de la première partie de l'ouvrage, chose qu'en outre j'ai plus ou moins promise à l'apollon (on parle inconsidérément, parfois...). Ça pourrait nécessiter plusieurs billets, cependant, car dès les toutes premières pages, j'ai relevé des erreurs patentes en nombre impressionnant, des interprétations erronées, de la mauvaise foi en veux-tu en voilà, des artifices réthoriques dignes d'un journal lycéen, une argumentation vacillante mais pourtant assénée avec verve... Etonnant. Lisant l'ouvrage suite à de nombreuses discussions plus ou moins houleuses avec l'apollon et un sien ami, j'ai décidé de ne pas jeter l'éponge trop vite, et de m'infliger la logorrhée du triste sire. J'oscillais entre énervement (jetage du bouquin fort contre le mur) et amusement (prise de distance amusée avec un propos vraiment trop caricatural).

C'est cette deuxième voie pour laquelle j'ai finalement opté, en ma grande sagesse... (sisi). Mais que je vous livre d'emblée l'une des pépites de notre auteur énervé (mais sans souffle épique, désolée, Eric) : voilà-t'y-pas qu'il nous explique doctement, au cours de son raisonnement, que l'Eglise catholique aide depuis plus de 2 000 ans les femmes dans leurs tentatives de canaliser les pulsions sexuelles de l'homme.... Ah ouais, quand même, fallait oser...
C'est là que j'ai stoppé ma lecture, d'ailleurs. Sur ce coup de génie. L'Eglise catholique comme soutien d'une politique des femmes à l'encontre des hommes, mon esprit pervers n'y avait pas pensé. Heureusement qu'Eric était là pour m'ouvrir les yeux... Moi, bêtement, je croyais que la très sainte église cathomoncul (sans offense pour les croyants, ce petit blasphème) n'avait eu de cesse que de lutter contre toute forme ou manifestation de pouvoir féminin, agissant en cela en symbiose parfaite avec ces messieurs (que ce soit consciemment ou pas, hein). Cultes païens de la déesse mère, stigmatisation des sorcières, assimilation de toutes les femmes à cette salope d'Eve, rejet de la sphère publique et enfermement dans la sphère privée et intime, loi salique et tutti quanti... Que des méthodes éprouvées pour canaliser les pulsions sexuelles de ces messieurs, vous dis-je !

Attention, je vais être mesquine : m'est avis que ces pulsions sexuelles à lui, le petit Eric, sont trop frustrées, justement, et que ça lui reste comme qui dirait coincé en travers de la gorge, tout ça... (fin du mode mesquin, car cépabien-cépabo - mais ça soulage...)

Bien, là-dessus, je rappelle à toutes fins utiles :

  • que les femmes commencent à peine à se défaire du fardeau d'une domination qui fut écrasante pendant bien plus de deux mille ans, et qu'elles n'ont pas, si elles en avaient l'intention, les moyens de lutter contre les pulsions sexuelles mâles (et pourquoi faire, grands dieux !?!) ;
  • que la recherche de la concorde entre les sexes passe davantage par une volonté commune de libérer aussi les pulsions sexuelles féminines, de les reconnaître et de les valoriser, en arrêtant de s'imaginer que seuls les mâles connaissent de telles pulsions (car ça, c'est une mystification idéologique, cher Eric, que tu reprends à ton compte sans l'avoir interrogée, analyste bien peu sérieux que tu es !).

Mon doigt blessé me lançant, et la faim me tenaillant, je brise là pour l'heure avec notre ami Eric. Mais j'y reviendrai, car il y a beaucoup à dire sur ce petit pétard mouillé qu'est son pamphlounet.